Randonnées alpines

24 mai 2020

Souvenirs de montagne-5 ***Receuil de textes édités en plusieurs parties***

SOMMAIRE-5 

IV Randonnées à pied : anecdotes diverses                                          

La plus Grenobloise des montagnes : le Néron

La Grande Sure                                

Dévoluy                              

        Le village de Pellafol                 

        L’Obiou

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IV Randonnées à pied : anecdotes diverses

La plus Grenobloise des montagnes : le  Néron

En arrivant par le nord, la vue est attirée inévitablement par cette crête caractéristique qui s’étire en diagonale. Lors de mon arrivée dans la région, je lisais régulièrement le journal municipal, celui ci avait consacré un article sur le Néron.

J’ai été rapidement intrigué par ce sommet à cause de la disparition d’un père et de son fils nouvellement arrivé dans la région. Ils sont partis en demi-journée faire une petite ballade sur le versant du col de Clémencières. Après quelques années et d’infructueuses recherches ils n’ont jamais été retrouvés…

Il y a eu aussi de nombreux accidents. Tout cela était bien mystérieux à mes yeux jusqu’au jour où Sylvestre un vieux randonneur de l’association l’a fait avec une personne expérimentée. Sa réaction à été sans appel : « il y a un vide effrayant, c’est la première fois de ma vie que j’ai eu aussi peur ! ».

Je m’y aventure pour la première fois en pleine après midi d’un mois de juillet après un repas copieux, me fixant une simple reconnaissance. La montée est rude sous une chaleur suffocante. Je passe par la passerelle Hyppolite Müller, sans laquelle il faudrait une corde pour franchir ce passage délicat. Je prends pied sur la large crête au « poste romain » et je file sans encombre pendant une bonne heure jusqu’au pied de la « rampe » et du croisement du couloir en Z. Il est tard, presque 17heures. Je décide de faire demi-tour. Cela m’a permis de réaliser un premier repère très positif car je me suis promis d’y retourner.

Arrivé au parking, j’interpelle un randonneur en train de ranger son matériel. Il me dit être un habitué des lieux et avoir fréquenté tous les itinéraires. Il me donne quelques conseils qui me seront utiles plus tard.

En juin 2005, j’arrive à convaincre un collègue de travail de gravir ce sommet.

Nous partons vers 7h du matin. Nous sommes trois. La montée au départ est sévère, ma forme est au maximum, je pars « bille en tête » jusqu’au « poste romain ». Cela m’a joué un mauvais tour. Après une petite pause nous repartons, je suis victime de nausées violentes, il m’est impossible de continuer ! Je laisse mes deux compagnons partir seuls car l’un avait été visiblement énervé du retard que je leur causais… Après une demi heure de pose, je continue de monter jusqu’au même endroit que la fois précédente. En ce lieu je rencontre deux randonneurs Lyonnais. Eux aussi, s’arrêtent là pour d’autres raisons. Nous discutons un bon moment puis nous nous séparons. A nouveau je ressens des douleurs violentes au niveau du thorax. Il m’est très difficile de descendre. Je suis obligé de faire des poses tous les quarts d’heure. Plusieurs années après, j’ai su que c’était les prémices d’une angine de poitrine.

Un événement exceptionnel se produit dans cette montagne le 28 juillet 2006, un orage déclenche un incendie à partir du versant sud-ouest. Il perdure 10 jours ! L’endroit est inaccessible, les canadairs étant mobilisés sur des incendies plus menaçants, n’ont pu venir qu’une seule fois. Plusieurs hélicoptères se relaient tous les jours pour déverser quelques misérables mètres cubes d’eau, vu l’ampleur du sinistre !

Trois versants ont subi les dommages du feu, seul le côté du col de Clémencières est intact.Suite à cette catastrophe, le Néron fût interdit à toute personne pour une durée indéterminée.

Les crêtes du Néron

Nouvelle tentative en 2007, cette fois je suis bien décidé à aller jusqu’au bout et d’en faire le tour. Nous partons à deux d’un pas déterminé. Arrivés au « poste romain » nous constatons les dégâts mais qui au fil de ses quelques années commençaient à s’estomper. Sans couvert végétal, une plantation luxuriante pousse, certes des arbres brûlés sont toujours là sans feuilles, mais délavés par la pluie.  Nous sommes au mois de mai, c’est une explosion de fleurs de tous les côtés.

Arrivé au niveau du couloir en Z, nous commençons l’escalade de la « rampe », plan incliné où les prises sont bonnes et bien visibles. Après c’est une suite continue d’arêtes sur 2 kilomètres jusqu’au sommet sud, ne présentant pas de grosses difficultés pour des randonneurs ayant un bon pied montagnard.

Suite à une pose nous poursuivons l’itinéraire en direction de la pointe nord.

Une difficulté s’annonce à nous : un passage aérien sur quelques mètres de cotation III qui peut se passer sans assurance, avec un minimum d’attention. Enfin c’est le sommet nord puis la descente par le couloir de Clémencières.

Plus bas nous rencontrons un randonneur solitaire et exténué, il nous demande des explications sur différentes variantes, ne comprenant pas tellement ce qu’il voulait nous demander,  nous le voyons sortir avec stupeur, de son sac à dos, un gros livre de randonnées en Chartreuse ! Combien aurait il mieux fait de le laisser chez lui et de photocopier quelques pages ! Plus bas j’aperçois un panneau : « zone dangereuse interdite à toute personne », nous sommes surpris car aucun danger potentiel n’était visible, peut être ont ils oublié d’enlever ce panneau ! Pour en avoir le cœur net, le lendemain je décide de téléphoner à la mairie de Saint Martin le Vinoux. D’entrée on me passe la  police municipale, une policière me signale qu’effectivement la montagne n’est toujours autorisée et qu’une forte amende est infligée à qui enfreindra cette interdiction !

 

La Grande Sure

J’adore parcourir les cartes pour trouver de nouveaux itinéraires. Beaucoup de mes soirées sont occupées à cela. Le voyage commence sur une carte et se poursuivra tôt ou tard sur le terrain. Ce week-end d’automne 2002 je décide d’aller parcourir un itinéraire en Chartreuse. Aller sur un sommet que j’ai fait plusieurs fois mais par un itinéraire complètement différent. C’était l’objectif de la journée. Départ du petit village des Grollets (467m) sur la route de St Laurent du Pont, avant le lever du jour. Je fais un détour par la magnifique cascade de la Pisserotte. Retour sur mes pas pour prendre un sentier à peine visible. La montée est rude et se fait à la frontale. Enfin je suis au portail de Chorolant. Une brèche où il faut utiliser les mains pour passer. Elle permet de déboucher dans une prairie d’altitude avec le soleil levant.  Quel bonheur ! La suite se poursuit par une longue traversée du versant Est dans l’ombre de la Grande Sûre, en passant par le chalet de Jusson. Ensuite l’itinéraire passe par une cheminée permettant d’arriver directement au sommet de la Grande Sure (1920m). Certes le pied montagnard est nécessaire dans cet endroit car à mi hauteur j’ai été impressionné par une flèche peinte sur un grand rocher désignant la suite du parcours. J’ai bien cherché la continuité du sentier à droite puis à gauche mais il n’y avait qu’une issue : tout droit ! C’est la partie la plus délicate de cette cheminée.  A la sortie je retrouve le soleil et une vue splendide sur le Voironnais. Je m’accorde une bonne demi-heure pour prendre un repas. Je ne m’attarde pas plus car de nombreux groupes de randonneurs arrivent et viennent troubler la quiétude tant recherchée. Je décide de partir sans tarder. Le circuit prévu fait une boucle, il passe par le versant Est en prenant le col de la Sûre puis descend rapidement vers le Cul de Lampe. Un lieu nommé ainsi car en forme de U. Là j’ai un doute sur un croisement pour rejoindre Saint Joseph de Rivière. Je vois devant moi un couple de randonneurs âgés et nous entrons en discussion. Je leur demande des informations sur la suite du parcours. Ils vont sur la chartreuse de Currière et m’indiquent le chemin à suivre. Nous parlons aussi d’autres sujets. C’est là le réel attrait humain de la randonnée où les gens se contactent facilement et bavardent de tout et de rien. Nous nous saluons en faisant un signe de la main. Je continue ma descente rive gauche du paisible ruisseau de Chorolong. Plus bas il passe dans une gorge étroite et se transforme en une cascade vrombissante. Le seul endroit délicat à franchir est un ancien pont sur lequel il ne reste que deux poutres poreuses avec le vide en dessous. Je traverse rapidement en mettant un pied devant l'autre prudemment. Ouf c’est passé !

Finalement j’arrive sans encombre à Saint Joseph de Rivière où je prends le temps de passer à une boulangerie. Ensuite je marche au bord de la route nationale pour retourner à la voiture. Et là bien sûr c’est le mauvais coté de la balade ! Soit environ quatre kilomètres à faire. Mais miracle une voiture s’arrête ! Et je reconnais « mes deux randonneurs » qui me font signe pour m’inviter à monter. Ce que je fais très volontiers car j’en suis à ma huitième heure de marche. Je tiens à signaler que mon record a été de 14 dans le Vercors… Nous discutons à nouveau et ensuite ils décident de faire un détour pour me ramener à la voiture. Je les remercie beaucoup de leur sympathie. Je serai toujours étonné de cette solidarité qui lie les rencontres là hauts. Cela je ne l’ai connu nulle part ailleurs.

 

La grande Sure au loin, vue des rochers de Chalves – Chartreuse

 

Le Dévoluy

Le village de Péllafol

Pellafol un petit village qui ne paye pas de mine, situé à l’écart de la départementale.  Pourtant dans le paysage il y a une curiosité sans précédent dans le Dévoluy, tenez vous bien : une ligne droite de 5 kilomètres avec des poteaux en bois, la même que celle dans le film « Paris Texas ». Pour moi elle est légendaire depuis la première fois où je suis allé dans ce massif. La commune est située dans une grande plaine agricole mais il manquait de l’eau. Alors entre 1876 et 1890 des ouvriers locaux mais aussi lointains ont taillé un canal en corniche dans la falaise entre la source de la Souloise et la plaine de Pellafol pour être utilisé seulement 10 années ! Le débit de la Souloise ayant diminué et ne pouvant plus alimenter régulièrement la plaine de Pellafol. Ce village a été aussi victime d’un drame international : celui du crash d’un avion Canadien dans la casse rouge, face nord-ouest de l’Obiou. Mais beaucoup plus heureux il a aussi son champion olympique en Bob.

Pour les randonneurs c’est un carrefour obligé permettant de prendre la route forestière du col des Faïsses accèdent au parking du départ de l’Obiou. Mais aussi pour rejoindre Mens par une route de traverse.

 

Route de Pellafol

 

 

 

Canal taillé dans la falaise - Gorges de la Souloise

 

 

 

L’Obiou

Je vais régulièrement à la bibliothèque de Fontaine, souvent je trouve des livres très intéressants qui sont le point de départ de nouvelles balades. Aujourd’hui j’ai emprunté un livre sur l’Obiou écrit par un passionné de ce sommet pour l’avoir fait 130 fois. Il connaît tous les itinéraires et les moindres recoins. Mon attention est particulièrement attirée par un parcours dont j’avais vaguement entendu parler sans savoir si réellement cela se faisait : celui qui passe par le refuge de Rochassac, l’arête Fluchaire jusqu’au Bonnet de l’Evêque, l'arête de Malpasset, et enfin la tête de l’Obiou. Pour le retour une variante en descendant par l’arête du Ratier. Et bien c’est exactement ce qui était décrit dans ce livre. Mon choix est fait, dès la belle saison je ferai ce parcours en solo. Je me renseigne autour de moi en consultant des gens qui pouvaient connaître cet itinéraire et me donner des informations, mais rien de tel. Aucune personne ne l’a fait.

Je choisi un samedi car c’est une "bavante", environ 1650m de dénivelée. Cela me permettra de récupérer le dimanche.

Je pars très tôt de Fontaine, vers 4h30 du matin. J’ai coutume de faire une halte à Vif au seul café ouvert face à la mairie. Le serveur m’a confié une fois qu’il n’était qu’un salarié mais très heureux d’ouvrir si tôt pour rendre service aux gens matinaux. Après un bon café je reprends la RN75 vers Tréminis. Arrivé sur le parking à proximité du village de Longueville je démarre vers 6h.  La montée jusqu’au refuge de Rochassac se fait sans encombre. Mais arrivé à quelques mètres du refuge deux chiens se mettent à aboyer violemment, je m’aperçois qu’il y a 4 randonneurs qui dorment à la belle étoile et mon passage qui n’a pu être discret les a réveillés précipitamment. En contournant une bergerie, je prends pied sur un sentier balcon qui m’emmène au pied de l’arête Fluchaire. A mi-parcours j’entends des pierres tomber à proximité, je les vois traverser le sentier. Je me protège en m’accroupissant et en mettant mon sac dessus ma tête en guise de protection. J’entrevois un groupe de chamois qui passent en hauteur et font dégringoler plusieurs dizaines de gros cailloux. Cela promet d’être chaud pour la suite !

J’attaque l’arête herbeuse de la Fluchaire. Elle se redresse de plus en plus. Fort heureusement il y a de petites terrasses herbeuses qui me facilitent l’ascension puis je butte contre une barre rocheuse. Là ça commence à se « corser »… Je débute par une escalade de niveau II environ avec un vide qui se creuse au fil des mètres parcourus. Il faut faire très attention car aucune roche ne tient, c’est un empilement de cailloux prêt à partir à chaque instant. Cela est une caractéristique de ce massif : le Dévoluy. Massif que j’ai connu tout d’abord au printemps avec mes premières randonnées en ski avec le « Renard Vagabond ». Aujourd’hui nous sommes fin août et seulement un névé minuscule persiste dans l’ombre au niveau de la brèche permettant de sortir à proximité du Bonnet de l’Evêque. Mais je n’en suis pas encore là. Je continue mon ascension avec prudence cherchant à chaque instant le meilleur passage possible. Je suis seul et en cas de problème je risque de rester là longtemps car je ne crois pas qu’il y est beaucoup d’amateurs qui passent par là… Finalement j’aborde ce névé que je voyais tout minuscule de la RN75. La brèche puis le Bonnet. Ouf ! Une première partie est gagnée. Il reste la suite : le Malpasset, un pas de III à franchir sans corde ni assurance.

 

 

 

Le Malpasset – massif du Dévoluy

 

Je commence une escalade délicate mais courte. Très heureux de l’avoir franchi seul. Je rejoins le sentier de l’itinéraire classique où je croise d’autres personnes. Le sommet est en vu, puis le cairn final. J’ai coutume de mettre une pierre anonyme pour authentifier mon passage. Il est midi, je me repose quelques instant, je consomme mon sandwich bien mérité, mais une idée me tracasse : redescendre par ce pas sans corde et puis j’ai vu de près l’arête du ratier : elle est très pentue… Après réflexion je décide de faire la boucle cela sera plus prudent. Mais qu’elle boucle ! Descendre par le sentier normal du versant NE puis basculer  en bas de la casse de l’Obiou soit 1760m de descente puis remontée de 950m jusqu’au col de l’Aiguille et redescente vers la voiture de 960m. Un pari complètement fou. Pourtant il n’est que 12h30 quand je repars. Malgré ces difficultés je préfère faire la grande boucle plutôt que d’affronter à nouveau le vide. Je dois dire que là je vais battre mon record de dénivelée. Une nouvelle fois j’arriverai à la voiture en pleine nuit ! Mais j’ai l’habitude.

Je commence ma descente par des dalles puis le sentier chemine sous un toit de roche calcaire très délité nommé localement la cravate. Avant d’arriver au col de l’Obiou il y a de nombreuses pierres au sol et par mégarde j’en fait tomber une plus bas sur le sentier. Je me précipite pour voir si elle n’avait pas atteint une personne. Fort heureusement aucun randonneur ne se trouvait là. J’aborde un cirque pierreux assez raide avec délicatesse car le moindre faux pas ne pardonnerait pas. Le danger vient aussi de dessus avec des pierres qui peuvent tomber. Enfin j’arrive au parking en même temps que d’autres randonneurs qui eux au moins ont leur voiture ! Je n’ose leur demander s’ils passent par Mens mais c’est peu probable car ce n’est pas la direction. Je chemine sur le chemin empierré mais carrossable. Je consulte ma carte à un croisement, j’hésite de le prendre pour quitter cette route car il y a des hautes herbes et je préfère prendre le suivant. C’est là qu’un événement inattendu se passe. J’entends ralentir une voiture et arrivée à mon niveau le conducteur me demande si je veux monter. Je lui demande s’il passe par Mens il me répond « oui bien sûr ». J’ai été très agréablement surpris. Nous engageons la conversation tout en roulant. Il est de Lyon et vient régulièrement dans le Trièves pour voir des amis. Il a l’habitude de faire l’Obiou par l’itinéraire normal mais ne connaît pas l’endroit par où je suis passé. Il m’a dit qu’il m’a vu arriver de loin et qu’il voulait savoir qu’elles étaient les difficultés. A Mens nous nous arrêtons prendre un pot que je lui offre bien volontiers. Nous discutons d’un livre que nous avons lu sur la philosophie et le bienfait de la marche. Lui aussi est un passionné de la randonnée. Il m’a raconté sa traversé du Vercors sud et de la Drôme en une quinzaine de jours avec des lamas. Il a fait une interview à la télévision pour cela et a même été pris en photo dans le journal local de la gendarmerie de Die ! Nous avons échangé les numéros de téléphone en promettent de se contacter pour une prochaine sortie. L’amitié se lie vite entre les randonneurs. Il me propose de me ramener à ma voiture. Je n’ai pas voulu abuser de sa bonté et il m’a laissé à quelques kilomètres. C’était largement suffisant, à coté de ce que j’aurais dû faire à pied !

 

 

 

L’Obiou versant nord – massif du Dévoluy

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

       

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16 mai 2020

Souvenirs de montagne-4 ***Receuil de textes édités en plusieurs parties***

SOMMAIRE-4

La traversée de Belledonne avec Bernard                                                     

Les associations de montagne                             

Quelques personnes atypiques

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La traversée de Belledonne avec Bernard

Je dédie ce texte à Bernard B. sans qui nous n’aurions pas pu réaliser cette belle randonnée.

J’avais commencé la randonnée à la journée depuis peu de temps. Cela me plaisait beaucoup. Je pensais que passer plusieurs jours la haut serait un séjour exceptionnel. Dans mon service j’ai sympathisé avec Bernard un expert en la matière. En discutant nous avons eu l'idée de faire la traversée du massif de Chamrousse. Plus exactement de Roche Béranger jusqu'à Prabert. Soit un périple de trois jours. Je préviens Robert, mon voisin d’immeuble qui aussitôt est intéressé.

Nous avions choisi le week-end prolongé du 14 juillet qui correspondait cette année là, à un lundi. Nous nous retrouvons tous les trois à la gare routière de Grenoble où nous prenons le bus pour Chamrousse. Là nous descendons à Roche Béranger. Nous nous préparons à partir mais avant le départ, Bernard sort un minuscule appareil pour peser nos sacs : une vingtaine de kilo chacun. Pour des débutants comme moi et Robert c’était déjà pas mal !

Nous commençons à grimper à travers les alpages puis les pins à crochets en direction du magnifique lac Achard. Nous faisons une courte pose et nous remontons à travers un vallon dans lequel se trouvent de petits lacs minuscules et qui aboutit au col des 3 Fontaines, actuellement disparues ? Là je m’écroule, très certainement épuisé par la lourdeur du sac. La pose est nécessaire ainsi qu’une petite collation. Pourtant nous n’avions fait que 600m de dénivelée. Mais le manque d’entraînement se fait cruellement sentir. Ensuite nous repartons en direction du refuge de la Pra où notre première étape se termine. Nous apprécions beaucoup la soupe chaude, bien qu’étant en plein été !

Le lendemain une étape rude nous attend il faut passer par le glacier de  Freydane pour rejoindre le refuge Jean Collet. La nuit ne se passe pas trop mal, mis à part que nous nous endormons tard car il y a beaucoup de bruit jusqu'à minuit environ.

Nous partons vers 7 h du matin après avoir pris un bon petit déjeuner. Tout d’abord nous montons en direction des lacs du Doménon. Là nous avons la surprise de trouver de la neige et de voir le premier lac gelé. N’ayant pas l’habitude, cela me surprenait. Nous mettons les guêtres pour franchir ce passage. Ensuite nous arrivons au col de Freydane, accès du glacier. Là Bernard qui nous avait conseillé de prendre un piolet chacun nous demande les sortir. Il nous montre comment le prendre en main et surtout comment procéder en cas de chute. Je dois dire que ses explications étaient plus que nécessaires car je n’avais jamais vu cet instrument que dans des films… Nous basculons côté glacier et nous commençons une longue descente jusqu’en bas du lac Blanc. Au début c’était facile car le glacier est peu pentu mais au fur et à mesure que nous progressons les courbes de niveau se resserrent. Bernard faisait la trace devant, il semblait très à l’aise. Tout à coup je loupe une marche. Je commence à partir en glissade ou plutôt à dévisser comme on dit dans le jargon des alpinistes. J’essaye d’enrayer ma chute mais je vais de plus en plus vite et la pente devient forte, le lac si loin se rapproche quand je décide enfin de planter le piolet et alors miracle ma chute s’arrête ! Plus haut je m’aperçois que Robert lui aussi part en glissade et vient de s’arrêter grâce au piolet et aux explications efficaces de Bernard. Nous pouvons le remercier car il nous a certainement sauvé d’une bonne baignade dans le lac !

 

               Le lac Blanc avant le refuge Jean Collet

 Nous arrivons en milieu d’après midi au refuge Jean Collet où nous passons une mauvaise nuit à cause de plusieurs familles qui n’ont pas su contrôler l’enthousiasme de leurs jeunes enfants jusqu'à une heure tardive.

Le matin je fais une toilette rapide à un point d’eau proche du refuge avant de boucler le sac et de nous diriger vers le col de la mine de fer.

Après une heure de marche nous apercevons des nuages noirs venant du Vercors. Nous n’allons pas y échapper ! Cela va très vite. Quelques minutes après l’orage est sur nous. Bernard nous suggère de nous abriter sous un rocher et de déposer plus loin nos piolets. Ce que nous faisons. Il pleut intensément, les tonnerres grondent et raisonnent à grand fracas autour de nous. Vingt minutes plus tard une éclaircie apparaît et nous pouvons reprendre notre itinéraire. Au col nous faisons une pose tout en contemplant la descente : des névés jusqu’au lac de Crop, 400m plus bas. Avec Robert nous commençons à angoisser… Pourvu que l’on ne reproduise pas ce qu’il s’est passé au dessus du lac Blanc hier ? Au départ il y a une traversée avec une barre rocheuse en contre bas et dessous plusieurs centaines de mètres de vide.

Il y a de bonnes traces de pas et Bernard passe devant pour nous rassurer. Merci Bernard !

                                    

                      Robert & moi-même au lac blanc                                     Bernard & Robert contemplatifs…

Finalement nous arrivons au lac puis nous prenons pied sur la route qui rejoint le charmant village de Prabert. En longeant cette route nous rencontrons une personne affolée nous demandant si on n’avait pas trouvé par hasard son portefeuille ! Il nous explique que son véhicule a été fracturé et ses papiers disparus… Moralité quand vous partez en randonnée ne laissez jamais votre porte feuille dans la voiture. Cela n’encouragera pas les vols.

A Prabert nous allons boire le verre de l’heureux retour au café des randonneurs.

 

       Lac de Crop en descendant du col de la Mine de fer

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Les associations de montagne

Pour avoir fréquenté  des associations de montagne, que je ne nommerai pas, pendant des années où j’ai vécu de très belles heures de montagnard. D’une part par la formation que j’ai réussi à avoir, compensée en contre partie par l’organisation d’un nombre incalculable de randonnées collectives. D’autre part par la progression que je n’aurais jamais acquis seul. J’ai beaucoup apprécié  des personnes où nous avions une passion commune, le souvenir des sorties, les nombreuses soirées chez l’un ou l’autre après une sortie d’escalade nocturne ou un retour de randonnée, les fêtes organisées, les permanences en semaine où notre week-end commençait déjà ! Bien souvent la soirée se continuait par le pot pris au café dans le quartier voisin du local où nous discutions de tout et de rien.

Ces réunions nous permettaient de nous évader du quotidien.  D’une part parce que nous discutions de ce que nous allions faire le prochain week-end, d’autre part parce que l’on discutait avec chaque personne presque à tour de rôle de la sortie du dernier dimanche.Une des choses que j’appréciais le plus c’est que l’on ne parlait jamais de travail ou de problèmes familiaux ! Je crois que c’était « tabou » sans que cette règle soit définie. Nous étions dans un autre monde…Celui du montagnard citadin cloué au sol certes mais avec l’esprit dans les cimes…Plus rien ne comptait sinon notre passion.

Pourtant il y a un bémol. Nous avions l’impression d’être de « vrai amis » mais je me suis aperçu au fil du temps que cette amitié est restrictive. Si une personne ne venait plus dans le groupe sans réellement prévenir, aucune autre ne cherchait à la contacter. Moi-même quand j’ai décidé de quitter certaines associations je n’ai rien dit à personne. Personne ne m’a téléphoné pour savoir… comment peut-on qualifier cette amitié ? La réponse me parait simple : le fil conducteur est la montagne en premier et après l’amitié. Si quelqu’un s’en va il ne fait plus partie du groupe. On ne se préoccupe pas de lui. C’est un état de fait auquel que j’ai eu du mal à comprendre. Par la suite il m’est arrivé d’en croiser certains. J’ai été le seul à faire la démarche pour les saluer. Pas grand-chose en retour. Le fil était coupé. Mais quand on est dans le groupe les autres ont de l’estime pour vous sinon ils vous ignorent.

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Quelques personnes atypiques

L’adhésion à ces associations m’a permis de connaître beaucoup de gens intéressants et d’autres beaucoup moins. J’ai beaucoup apprécié une personne se nommant Robert. J’ai su après plusieurs années que c’était son nom de famille et pas son prénom comme il le faisait entendre. Lorsque j’ai téléphoné chez lui une femme à la voix « commandant tour » m’a répondu « Robert, lequel voulez vous ? » J’ai compris que c’était sa femme et surtout pourquoi il n’était pas souvent chez lui !

Il disait que pour relancer l’association il fallait du « sang neuf » et que j’étais celui là.

Avec le Président ils m’ont aidé à être responsable de course et à m’envoyer en formation. Bien sûr il y avait «Gillou» qui me formait sur le terrain en ski de randonnée. Il en est de même pour l’initiateur en montagne un certain François qui a été un grand formateur. A ce jour il est devenu photographe de montagne et a édité plusieurs livres sur l’Oisans dont il est passionné.

Puis les moins intéressants :

Celui qui obtient la palme d’or c’est le fameux Antony ! Lui il savait tout ! Qui avait tenté l’Everest à perte. Etant un vague contrôleur de la sécu, il harcelait les sociétés pour financer son voyage. Il ne faisait pas bon être contrôlé par ce personnage… Humiliant avec certains membres du club. Tellement fort que l’on se demandait ce qu’il faisait avec nous ! Jean Pascal un membre du club disait : « Antony dès qu’il se lève le matin il se regarde dans la glace de sa salle de bain et se dit : je suis le plus fort et le plus beau ». Voilà bien ce qui définit ce personnage. Pourtant une fois j’en ai eu assez. Au cours d’une randonnée pédestre il m’a violemment critiqué et voulait m’obliger à faire un sommet pour lequel certaines personnes du groupe n’avaient pas le niveau pour le faire … Je n’ai pas cédé. Alors j’ai organisé une réunion et je dénonçais ses façons de faire. Cela a été un coup dur pour lui qui était très fier de sa personne. Quelques semaines plus tard il est parti et nous n’avons plus jamais entendu parler de cet individu.

Ensuite il y avait « les Pichon » dans une certaine association. J’ai été confronté à eux lors des réunions de bureau. Désireux de venir aux réunions pour faire avancer des idées nouvelles au club qu’elle ne fut pas ma déception de voir ce couple me critiquer et jalouser en m’accusant de profiter de l’argent du club pour me former. Mais ils semblaient oublier que j’ai organisé un nombre incalculable de randonnées en contre partie !

Il faisait parties de la « vieille garde » qui n’acceptait les jeunes.

Les bizarres et hors normes :

Il y avait Marcel dit « le plus balès ». Oui c’est le surnom qu’on lui avait donné. Un personnage hors du commun, un grand sportif ce Marcel. Passionné d’alpinisme, de cascades de glace, d’escalade et de ski de randonnée. Célibataire dans l’âme. Un personnage solitaire et contemplatif. Jugez vous-même : il m’est arrivé de le voir rester une heure sans bouger en dehors du refuge en pleine bourrasque ou de rester sur une piste jusqu'à la tombée de la nuit alors que nous l’attendions au centre UCPA  et nous nous apprêtions à appeler les secours. Il était 20 heures…Il vient d’Uriage en vélo pour assister à la permanence le soir, vêtu d’un tee-shirt et des chaussures de ski de fond ! Cela fait de l’effet quand on sait que c’est l’hiver !

Une autre fois en novembre Marcel n’a rien trouvé de mieux que de traverser le lac Laffrey à la nage ! La gendarmerie le voyant, a immédiatement mis un bateau à l’eau pour lui demander ce qu’il faisait là et s’il voulait continuer ?

Mais à mon avis la meilleure est celle-ci : Un hiver nous étions partis faire du ski de randonnée en Maurienne. Notre gîte d’une nuit était le fort Marie Christine. Parti à la hâte au petit matin, Marcel avait oublié ses vêtements dans la chambre. Le soir venu nous avons fait un détour pour les récupérer. Qu’elle fut notre surprise quand la gérante nous a dit avoir jeté ces habits car elle croyait que c’était des chiffons !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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11 mai 2020

Souvenirs de montagne-3 ***Receuil de textes édités en plusieurs parties***

SOMMAIRE-3

III  Les compagnons de route

Les voisins, amis et famille montagnards                 

                        Une nuit au refuge de la Jasse

                        Le Taillefer      

                        Hommage à René

        .                La boisson salutaire

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III  Les compagnons de route

Dans mes débuts j’ai pratiqué la montagne en solitaire. Je me suis aperçu que beaucoup de gens dans mon entourage ne la connaissaient pas, alors qu’ils étaient nés ici !  Comment pouvaient-ils ne pas connaître le Moucherotte, la croix de Belledonne, Chamechaude pour ne citer que les plus connus et tant d’autres endroits…

Etant très enthousiaste de cette découverte j’ai entraîné dans cette aventure plusieurs voisins, devenus des amis par la suite. L’adhésion dans des associations a été aussi bénéfique pour cheminer avec des gens de toute catégorie sociale. Parmi les sorties sélectionnées j’ai choisi celles faites avec des personnages atypiques ainsi que celles où il s’était passé une péripétie ou un fait d’inhabituel. Le tout raconté de la façon humoristique si cela était le cas. Les prénoms des personnes ayant été changés pour garder l’anonymat.

 

 

                                              

Randonneurs arrivant au sommet du Grand Arc en Maurienne

 

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Les voisins, amis et familles montagnards

 

Une nuit au refuge de la Jasse

 

Dès mon arrivée à Grenoble je m’installe avec ma famille dans un logement rue Ampère. Ne connaissant personne nous cherchons à nous faire des amis. Dans cet immeuble nous avons sympathisé avec deux autres familles de la montée. Tout d’abord j’ai connu Robert avec qui nous avons fait de superbes apéritifs et de grandes discussions. Je le « connectais »sur mes projets de randonnées après avoir brillamment réussi le Moucherotte.

J’envisageais depuis quelques mois de faire la traversée des hauts plateaux du Vercors, mais personne avec qui partir. Dans la théorie le départ se fait de Corrençon en Vercors et l’arrivée au col du Rousset où nous devons laisser un véhicule pour le retour.

J’en parle à Robert, bien sûr il est d’accord.

Nous sommes très « gourmands » : nous décidons de faire l’aller/retour en deux jours sans laisser une voiture à l’arrivée. Pourquoi s’embêter la vie d’autant plus que Robert n’a pas de voiture !

Nous partons un samedi matin vers 8 heures de Corrençon sur le fameux GR91. Nous passons au champ de la Bataille et nous nous dirigeons vers la cabane de Carrette. Là nous faisons une pause. Visite de la cabane bien entretenue mais vétuste. Une citerne en pierre de taille se trouve accolée sur le mur nord pour recueillir les eaux de pluie. Il fait beau et nous continuons vers la très belle prairie de Darbounouse. Elle est bienvenue car jusqu’à présent nous cheminons dans les bois et l’arrivée à cet endroit très lumineux nous enchante. Il y a une bergerie et un puits. Nous faisons une halte près du puits. A notre surprise nous lisons sur un panneau d’avertissement qu’il est interdit de prendre de l’eau. Plus tard nous avons appris qu’un randonneur de passage avait laissé tomber un savon à l’intérieur et l’eau était polluée. Nous comprenons la réticence que peuvent avoir les alpagistes envers les randonneurs après de telle catastrophe. Nous continuons vers le Pot du Play, un endroit dégagé de végétation où se trouvait il y a quelques années un refuge brûlé par une malveillance d’un randonneur paraît il ? Il faut dire que beaucoup de refuges des hauts plateaux étaient en bois avec une forme caractéristique hexagonale. Seulement l’inconvénient c’est que les tuyaux des poêles n’étaient pas ramonés régulièrement et prenaient feux facilement. A ce jour il ne reste qu’un seul de ce type au pas de l’aiguille, celui des Chamailloux.

 Ensuite nous entrons dans le vallon des Erges. C’est un endroit très caractéristique car le GR chemine dans une sorte de canyon pendant deux kilomètres environ, la roche est très découpée et forme ce que l’on nomme les lapiaz.  La sortie se fait par Tiolache d’en haut une ancienne bergerie en ruine qui marque le pastoralisme à une certaine époque. Nous poursuivons jusqu’au refuge de la Jasse du Play qui met un terme à notre première étape. Nous sommes très heureux d’arriver et de constater qu’il est en bon état. Le calme règne. En haut il y a un étage avec un plancher en bois où nous posons nos sacs. J’hésite à sortir mon duvet et à m’installer, me disant que j’avais encore le temps. Nous profitons des derniers rayons de soleil avant que celui-ci ne disparaisse. Nous contemplons le maître des lieux : le Grand Veymont (2341m) éclairé par le soleil couchant. Aucune autre personne n’arrive. Nous allons pouvoir nous étaler et profiter de la tranquillité du lieu. La nuit tombe nous faisons du feu dans la cheminée et en même temps nous commençons notre repas. Nous alimentons régulièrement le feu.

Mais curieusement mon attention est attirée par des bruits au dessus de nous sans que cela m’inquiète pour autant.

Nous laissons mourir le feu et restons dans la pénombre. C’est là que j’entends du bruit à l’endroit où nous étions puis je vois un rat rentrer précipitamment dans un trou du mur près de la porte. Puis un autre au fond de la pièce. Tout d’un coup je fais le rapprochement avec les bruits du dessus où l’obscurité était arrivée plus tôt. Je me précipite pour aller récupérer mon sac. Effectivement à temps ! Un rat était en train de tirer un vêtement à l’extérieur…

Ils commençaient à sortir de tous les cotés à tel point que nous mettons les sacs sur la table. Avec robert nous décidons de rallumer le feu car la lumière semble les éloigner. Il est minuit nous ne dormons toujours pas. Le bois commence à manquer le feu s’éteint. Ils courent de tous les cotés.  Et particulièrement sur le plancher dans ce qui aurait dû être la chambre ! Nous décidons de suspendre les sacs à des clous qui se trouvent au plafond. Mais, comment allons-nous faire pour dormir. Notre repos salutaire n’allait il pas se transformer en enfer… Nous avons une idée : je vais m’allonger sur la table et Robert fera la chasse pendant que je vais essayer de dormir ou disons sommeiller et inversement au bout d’une heure. Et bien non ce fût impossible … ils montent même sur la table et même avec un bâton nous n’arrivons pas à les chasser. Il faut trouver du bois coûte que coûte ! L’instinct de survie nous fait immédiatement penser à chercher du bois en pleine nuit… Nous ravivons le feu, les rats rentrent dans leurs trous mais ressortent aussi tôt dès que la lumière salutaire s’éteint. En regardant les lattes décoratives contre le mur nous comprenons tout de suite pourquoi il y a un  nombre aussi important de rats ici, en effet certains randonneurs mal intentionnés ont laissé des sacs poubelles remplis d’ordures ! Nous décidons de prendre nos affaires et de dormir dehors à la belle étoile. Laissons le refuge aux rats et le ciel étoilé aux pauvres randonneurs.Voilà comment nous avons été expulsés par une horde sauvage de rats à la Jasse du Play !

Après une nuit blanche et pleine d’émotion, dégoûtés nous prenons le chemin du retour au lieu de poursuivre vers le col du Rousset. Nous reprenons le GR91 sans mot dire. A la cabane de Carrette nous faisons une halte. Là nous rencontrons un groupe de randonneurs fraîchement débarqués à Corrençon ce matin avec un accompagnateur. Nous entrons en discussion avec certains et nous racontons notre mésaventure.  Je me souviens d’une jeune femme affolée à l’idée de voir des rats dans le refuge où bien sûr ils devaient faire étape… L’accompagnateur nous regarde de travers et minimise les faits mais comme une certaine forme de vengeance nous insistons et partons en souriant vers notre voiture.

Heureux d’arriver et de penser retrouver un bon lit ce soir… Mais pour nous réconforter il est midi et nous décidons de nous offrir un repas au restaurant à Corrençon histoire d’effacer le mauvais souvenir…

 

                             Refuge de la Jasse dans la réserve naturelle des hauts plateaux – Massif du Vercors

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Le Taillefer

Dans cette montée j’ai aussi sympathisé avec Christian jardinier de profession et une forme physique étonnante. Jugez vous-même : n’ayant pas de voiture il part de chez lui rue Ampère pour faire le Moucherotte dans la journée ! Pour notre première ensemble, nous avons décidé de gravir le Taillefer. Nous partons de Grenoble un samedi matin en direction de l’Alpe du Grand Serre plus anciennement connue sous le nom de La Morte car parait il, il n’y avait pas âme qui vive dans ce lieu tellement l’endroit était toujours dans le brouillard ! Là nous allons aux chalets du Poursollet terminus de la route mais départ de la balade. Le Poursollet est un charmant petit village au bord d’un lac de montagne, occupé seulement l’été. Nous sortons de la voiture pour nous chausser. Quand je suis prêt je m’aperçois que Christian n’a pas changé ses chaussures de ville et il me semble prêt à partir avec son vieux sac à dos de l’armée. Je lui demande pourquoi il ne met pas ses chaussures de marche et il me répond tout simplement qu’il n’en a pas et que cela ne le dérange pas du tout !

Nous partons en traversant une belle prairie puis c’est la montée vers le lac Fourchu. Là nous faisons une pause. Puis les choses sérieuses commencent. Le sentier se poursuit dans des pierriers difficiles, je peine et je vois Christian évoluer sans aucune difficulté malgré ses chaussures « légères », ensuite nous passons dans un névé puis c’est le col des Vans et enfin le sommet. Là nous faisons une bonne sieste avant de redescendre.

Pour évoluer en montagne il ne suffit pas d’avoir un matériel très sophistiqué mais tout simplement la volonté !

 

 

 

                                                    

                                                     Le lac Puney avant le village du Poursollet - Massif du Taillefer

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Hommage à René

Par une belle matinée de printemps je décide à la hâte de partir faire une petite balade. Ne voulant pas aller trop loin je choisis une boucle partant de Saint Quentin sur Isère passant par le col de Montaud et culminant à la Roche du Midi. Soit 900 m de dénivelée et environ une vingtaine de kilomètres. Tout cela devra bien occuper la journée.

 Le sentier raccourcit les interminables lacets de la route qui rejoint Montaud. Là je passe à proximité de la maison familiale de mon ancien voisin et ami René.

René avec qui j’avais fait mes premières descentes en ski à Saint Nizier et à Chamrousse. Fort de ces sorties, Il avait même acheté une paire de skis neufs, qu’il n’a d’ailleurs jamais utilisé faute de temps et parce qu’il s’était lancé dans la randonnée cyclotourisme. Lui aussi était devenu sportif mais malheureusement rattrapé par une terrible maladie. Sa disparition ne date que de quelques mois. Je regarde avec tristesse son ancienne demeure.

Je poursuis ma route en passant près de la scierie où il avait un terrain dont il me parlait souvent. Arrivé au hameau nommé Le Coing, la route est barrée à la circulation automobile. Un pan de montagne s’est écroulé avant le tunnel du Mortier il y a quelques années. Je continue en traversant bois et prairies très agréables à cette période de l’année car il y a une éclosion de bourgeons sur les arbres et les fleurs tapissent le bord du sentier. Arrivé au col de Montaud je fais un détour pour voir ce fameux éboulement. La route n’étant plus entretenue, une multitude de cailloux se retrouvent sur le bitume. Certains sont énormes : presque de la taille d’une voiture ! Enfin j’arrive à un endroit où elle a totalement disparue. C’est à peine croyable : il n’y a vraiment plus rien ! Pas la moindre trace d’une route. Une pente abrupte sur plusieurs centaines de mètres, plus bas un immense pierrier, linceul de celle ci. D’un coup je vois arriver un cycliste poussant son vélo. Je me demande ce qu’il fait là ? Puis il le porte et commence à traverser cette pente. En l’observant, je m’aperçois qu’il y une trace de passage. Il titube puis glisse et se récupère à temps. C’est certainement un habitué du lieu, faisant une boucle par le tunnel et Autrans. Car cette route permettait de rejoindre la station sans passer par Grenoble. Je reviens sur mes pas pour grimper dans la forêt nommée Face Belle qui me conduit à la Roche du Midi. J’arrive au bord des falaises, je contemple la verdoyante vallée de l’Isère, les collines des Chambarans où j’ai fait de nombreuses balades. Je m’aperçois que l’autoroute s’intègre bien dans le paysage contrairement à ce que l’on pourrait penser.  L’Area a fait un beau travail. Je consulte ma carte, je constate que le petit sommet de 1174 mètres sans nom, se trouve à l’intérieur de la forêt à une centaine de mètres de ces falaises. J’ai du mal à le situer car il n’est pas balisé. Là me vient une idée : faire un cairn avec des pierres pour le repérer. Je me mets au travail. Quand celui-ci fait un mètre environ je recherche un bout de bois pour le fixer au sommet du cairn. Je décide de le baptiser très symboliquement dans mon esprit « le mont René » en son souvenir, car ce plateau de Montaud lui était cher parce que habité depuis plusieurs générations par sa famille.

 

Ferme de Faissole au dessus du col de Montaud

 

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La boisson salutaire

Voulant faire partager ma passion montagnarde à ma famille, je proposais à mon père en séjour au Sappey en Chartreuse de l’emmener faire le Grand Galbert sur le plateau du Taillefer. Je pensais que c’était une balade relativement facile. Mon père est aussi un grand sportif mais il partage surtout la passion du vélo et la musculation. Nous nous dirigeons un dimanche matin en direction de Bourg d’Oisans puis vers le petit village d’Oulles et le Pouillard à 1500 mètres d’altitude environ. Nous partons par très beau temps et la bonne humeur est de mise. Nous commençons à monter le col de la Buffe. Je ferme la marche. Après, la montée se fait rude. Je le vois peiner puis tituber et s’asseoir à même le sol. J’arrive précipitamment. Il a du mal à parler et me dit qu’il a des nausées et se sent très fatigué. Je lui donne une boisson chaude mais rien n’y fait. Tout à coup je le vois sortir une gourde de cycliste de son sac et il boit une forte gorgée puis une autre. Quelques instants plus tard se sentant nettement mieux il se lève et repart comme si rien n’était… Je l’interpelle pour lui demander ce qu’il a bu, il me dit « du vin !  Moi l’eau ce n’est pas mon fort ! » Effectivement il est reparti à un rythme soutenu jusqu’au refuge du Taillefer où nous faisons une halte. Le gardien est à l’extérieur regardant des randonneurs gravissant la Pyramide encore très enneigée pour un mois de juillet. Nous poursuivons jusqu’au lac Fourchu préférant laisser l’itinéraire du Grand Galbert pour une autre fois. Là nous prenons le repas et nous nous reposons quelques heures avant de reprendre le chemin du retour.

 

 

Lac Fourchu et le Grand Galbert au fond - Massif du Taillefer

 

 

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10 mai 2020

souvenirs de montagnes-2 ***Receuil de textes édités en plusieurs parties***

SOMMAIRE-2

Quand ai-je découvert « l’appel » du sentier ?                         

L’idée fait son chemin                                     

Les débuts

 

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Quand ai-je découvert « l’appel » du sentier ?

Oui je me souviens très bien c’était dans les Alpes du Sud à la Foux D’Allos en 1979 où avec ma famille nous étions en vacances. Dans un petit village nommé Colmars-les-Alpes il y avait sur la place principale un grand panneau en bois sur lequel était dessiné un plan des randonnées bien au-delà du village. Il y avait des lacs à découvrir. Ce qui m’avait marqué c’est qu’un lac se trouvait à 4 heures de marche ! Pour moi c’était le bout du monde ! Cela doit être extraordinaire de marcher 4 heures pour le découvrir. Peu téméraires finalement nous avons choisi une destination plus raisonnable pour une première : les gorges de Saint Pierre prévues en 1 heure et demie. J’ai été très impressionné par les parois de pierres délitées, le torrent tantôt près, tantôt éloigné ou profond, les marmites et les cascades. Notre balade a pris fin à la sortie des gorges au niveau d’un pont en bois rustique traversant le Saint Pierre. Mais mon imagination continua ce sentier… C’est à cet endroit que je me suis dit que tôt ou tard je reviendrai pour le poursuivre, cela a été un coup de foudre. Marcher, découvrir des paysages loin des routes, respirer à plein poumon, vivre des moments intenses. Voilà ce que me révéla cette randonnée.

 

                           

      

         Sentier des gorges de St Pierre                                 Le « fameux pont en bois »

 

Par la suite nous avons croisé deux jeunes femmes, presque épuisées car elles avaient pratiquement terminé une grande traversée en deux jours. Leur enthousiasme s’est communiqué en moi immédiatement. Nous avons entamé une petite discussion sur leur parcours et là je me suis dit qu’elles avaient fait quelque chose d’intéressant et il fallait que je fasse pareil. Un déclic s’était produit à ce moment là.

 

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L’idée fait son chemin

Certes de nombreuses années se sont écoulées pour mettre ce projet en exécution.

A cette époque là j’étais dans le plat pays Marseillais. Ville que je fuyais le plus possible. Nous y restions du lundi au vendredi soir pour le travail puis c’était la FUITE vers Arles dans la maison des parents où nous retrouvions un havre de paix. Voulant fuir cette ville à tout prix nous recherchons un endroit porteur d’emploi dans ma branche. Nîmes était l’endroit idéal à cette époque. Que n’aurais je pas fais pour y retourner ! Mais en vain car le travail était misérable ou disons plutôt les employeurs.

Un jour une personne proche de notre famille nous fait savoir que dans la région Grenobloise il y avait du travail en informatique et en électronique. Nous avons pris la chose au sérieux.

Suite à un courrier j’ai eu une convocation chez Thomson à Saint Egrève. Mais je ne me faisais pas beaucoup d’illusion. Seulement sans le savoir au départ, cette journée a été bénie pour moi. Il y a des jours comme cela. Je suis allé à l’agence pour l’emploi plutôt par curiosité que dans l’espoir de trouver un poste. Bien sûr il n’y avait rien d’intéressant mais j’ai fait la connaissance d’un prospecteur placeur qui m’a assuré m’envoyer des offres chez moi.  Je n’osais pas trop y croire. Et pourtant quelques semaines après il me téléphona pour me proposer plusieurs postes. Alors je commençais à y croire. Un emploi dans une entreprise informatique m’a permis de m’installer dans cette région Dauphinoise.

 

Les débuts

De ma fenêtre rue Ampère je voyais un sommet sur lequel se trouvait un bâtiment. J’ai appris par un voisin que c’était le fameux Moucherotte. Un hôtel nommé « l’Hermitage », construit dans les années 1960, en ruine à cette époque. Accessible par des télécabines elles aussi vouées à l’abandon. Tout cela attira curieusement mon attention. Cet endroit me fascinait par son histoire, son passé, il me semblait inaccessible pour moi le néophyte, le Marseillais, l’homme du plat pays.

Un dimanche je décidais d’y aller. Me voilà parti pour Saint Nizier. Sac à dos, topo, carte, chaussures neuves. J’ai commencé la balade derrière le tremplin olympique. Au bout d’une heure sans entraînement, la montée devient rude ! Je suis obligé de m’arrêter, épuisé, à bout de souffle et victime de nausées. Après une bonne demi-heure je réussis à récupérer et je décide de redescendre.

Le dimanche suivant je réitère par un autre itinéraire : celui du versant Est. Je trouvais que celui de Saint Nizier était trop épuisant. Je laisse ma voiture en bas du tremplin. Me voilà parti sur le sentier du «balcon Est», nommé aussi du «périmètre» qui relie la station au Mont Aiguille. Je le quitte au niveau du bois du Poussebou pour prendre la direction de la grotte Vallier. L’endroit commence à être boueux. Je quitte cette zone pour traverser rapidement un couloir d’avalanche à proximité de la grotte Vallier. Un peu plus loin qu’elle fut ma surprise de buter contre une paroi rocheuse et de voir un câble en acier pendant dans le vide et une flèche indiquant la progression tout droit… Je me dis : «cela c’est de l’alpinisme» et je fais une nouvelle fois demi-tour, très déçu de ne pas avoir atteint ce mont inaccessible…

Le troisième dimanche je décide de reprendre le premier itinéraire. Je ne me laisse pas d’autre issue que la réussite !

Je refais le même parcours avec moins de difficultés puis j’aperçois l’hôtel qui est encore loin mais à ma portée. Enfin après trois bonnes heures d’effort le sommet s’offre à moi avec sa table d’orientation et un banc usé par le temps. Je découvre une vue exceptionnelle sur les trois massifs et la région grenobloise que je n’avais jamais vu d’aussi haut. Je viens de réussir mon premier sommet. Voilà un moment que je n’oublierai jamais. Je dois dire qu’aujourd’hui j’ai pris une belle revanche sur le Moucherotte qui m’a résisté. En effet je le fais, désormais, le soir à la sortie du travail en moins d’une heure !

 

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Souvenirs de montagne-1 ***Receuil de textes édités en plusieurs parties***

 

 

SOMMAIRE

 

Préface d’Antoine Salvi

I   Préambule                                                                                                                   

II  L’appel de la montagne         

            Sentier tu me tiens et je ne veux plus te quitter !                   

           Quand ai-je découvert « l’appel » du sentier ?                        

L’idée fait son chemin                                   

Les débuts

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Préface d’Antoine Salvi

Dans ce blog des ‘Souvenirs de montagne »  mon ami Gérard Burini nous relate sa découverte, son initiation et sa pratique de la montagne dans un style direct sans fioritures proche de son ressenti.

Chaque montagnard, avec ses particularités propres, se retrouvera dans cette épopée tout en parcourant le vécu pittoresque de l’auteur.

J’ai surtout apprécié son humilité et son respect de la nature montagnarde  car comme je le signalais à chaque avant-propos de mes livres « La montagne est VIVANTE. Elle est nourricière d’un certain équilibre humain.

 En elle, l’homme entretient et forge une partie de lui-même. Au sein de l’urbanisation croissante de la vie sociale, elle constitue plus qu’une bouffée d’air, plus qu’un lieu idéal de loisir, elle est plus que jamais le poumon vivifiant indispensable à une multitude d’hommes. 

Aimer cette nature ne peut plus être aujourd’hui le simple émoi d’un cœur romantique vibrant devant sa beauté, mais c’est la RECONNAISSANCE qu’elle CONSTITUE UNE PARTIE ESSENTIELLE de la vie sociale moderne. La conserver dans sa richesse primaire est plus que jamais un enjeu pour tout homme. »

Puisse chaque lecteur de ce blog, être imprégné de cette vérité dans sa pratique montagnarde.

 

Antoine Salvi

 

 

 

 

 

 

                                                   

 

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Préambule

Depuis plusieurs années j’avais envie d’écrire un livre. Je cherchais un fil directeur. Un topo sur les randonnées, il y en a des centaines et cela est rébarbatif à lire. L’histoire d’un massif était une bonne idée mais fréquentant plutôt une multitude de massifs cela me paraissait difficile d’en choisir un, de s’y tenir et puis le sujet est trop coutumier.

Pour reprendre un terme à la mode je voulais pérenniser toute cette aventure que j’avais vécue pendant toutes années passées.

Le bonheur renouvelé sans cesse de la découverte d’un nouveau massif, au fil des randonnées à pied, à ski puis en VTT.

Les relations humaines des personnages rencontrées pendant toute cette période. Cette chaleur amicale liant les gens ayant la même passion.

L’enrichissement personnel des formations reçues par divers organismes ou montagnards expérimentés.

Après de nombreuses réflexions je choisis de décrire l’itinéraire chronologique de toute cette aventure vécue dès l’automne 1983 où complètement saturé du plat pays natal, je cherchais un havre de nature où je pouvais trouver de nouveaux centres d’intérêts. L’arrivée dans ce pays Grenoblois m’enchante immédiatement. Une ville où « au bout de chaque rue une montagne » pour reprendre une phrase célèbre, où chaque matin j’ouvre ma fenêtre pour apercevoir le Moucherotte différemment suivant la météo et la saison, où en allant sur mon lieu de travail je longe la frange verte puis j’aperçois la dent de Crolles sous le soleil levant et la traversée de l’Isère avec des « fumerolles » de brouillard. Tout cela n’a pas de prix… Et m’a demandé des sacrifices familiaux et professionnels, car les espoirs du travail n’ont pas été à la hauteur. L’un compensant l’autre mais le jeu en vaut bien la chandelle. Car à ce jour que serais je devenu là bas ? Rester un antisportif comme je l’étais, faire des repas familiaux bien arrosés autour d’une table jusqu’en milieu d’après midi encourageant un ventre « bedonnant » et toutes sortes de problèmes de santé.

Non, j’ai bien choisi ma voie, celle du sport, de la découverte de la montagne et des autres. Merci Grenoble !

          

Grenoble vu du Néron au printemps 2006

 

 

 

 

 

 

 

 

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 II L'appel de la montagne

L’Arlésien que j’étais, n’avais goût que pour le farniente sur la plage, les périodes montagnardes pendant les vacances familiales en Ardèche n’ont jamais attisé mon esprit vers cet espace préservé et sportif. Pourtant comme je le décris dans les récits suivants un déclic s’est fait. Mais de là à quitter une région où le climat est si agréable pour une contrée plus rude il y a un grand pas, difficile à franchir.

 

 

 

Moutons près du mont Charvet – Massif des Aravis

 

 

Sentier tu me tiens et je ne veux plus te quitter !

Tu es le mystère du parcours et de la destination quand je te suis au hasard sans carte.

Au fil de la balade je me pause toujours la question mais où peut il bien passer car il semble parfois s’arrêter puis d’un coup il vire, trouve un passage insoupçonnable, évite un abrupt, contourne une barre rocheuse, passe à des endroits inattendus, tantôt traverse un bois, une prairie, emprunte des terrasses herbeuses et passe dans des endroits paraissant inaccessibles à l’œil. Il semble toujours s’arrêter faute de passage et tout à coup le passage se découvre, inattendu et magique. Le mot sentier est synonyme d’aventure, d’espoir, de découverte. Je ne m’arrêterai jamais de le suivre car il me donne la soif de la découverte. Aller toujours plus loin pour voir plus.  Sillonner les sentiers d’un massif, c’est découvrir des paysages magnifiques, des cols, des sommets, des vallons sauvages, des prairies d’altitudes, des curiosités géologiques, des fleurs aux couleurs fortes, des animaux et les autres.

Mais pas n’importe quels autres ! Des randonneurs qui se croisent en se disant le fameux « bonjour » rassurant, au cas où ! Mais parfois cela va plus loin, une discussion s’engage au détour d’un sentier…Où vas-tu ? Comment est la suite du parcours, question sur tel ou tel passage délicat, suis je sur le bon itinéraire ? Etat de la neige et tant d’autres questions qui peuvent calmer les angoisses et rassurer. Cela m’avait beaucoup surpris quand j’ai commencé à faire de la montagne. Moi habitué au plat pays camarguais en croisant des gens qui ne se regardent même pas. Dès que nous quittons notre voiture et commençons le parcours nous entrons dans un autre monde. Nous oublions le travail, les soucis familiaux et quotidiens. Si je suis accompagné les discussions sont exclusivement montagnardes. C’est un autre monde où la déconnexion « d’en bas » est totale.L’envie « d’avaler » le maximum de dénivelée et d’arriver au sommet ne nous quitte plus. Rarement fort heureusement, je n’ai pu gravir un sommet pour diverses raisons et j’ai été contraint de faire demi-tour. Alors qu’elle déception ! Et le bénéfice engrangé pour la semaine est bien maigre. Quel que soit le temps, la forme physique, pour moi le sommet est une finalité. Je savoure les derniers instants avant d’arriver à cet endroit tant attendu et puis c’est le bonheur total quand le dernier mètre est gravi. Souvent je ne reste que quelques instants puis c’est la descente, satisfait et heureux d’avoir été jusqu’au bout.

Chaque saison a plaisir différent mais égal.

                                                  

                                                           Sentier du pic du cap Roux dans le massif de l’Estérel

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